Dag van de Dans – 23.04.2016

Anne Teresa De Keersmaeker / Rosas

Slow Walk

Avec les danseurs de Rosas et P.A.R.T.S., dominez le temps avec votre corps, et faites du mouvement le plus ordinaire un événement intentionnel et unique. La marche aussi est de la danse à l’état pur !

À l’occasion des festivités de la Journée de la danse, Rosas organise un flash-mob au ralenti, à l’occasion duquel vous marcherez très lentement depuis les différentes portes du pentagone bruxellois jusqu’à la Grand-Place. Là, vous pourrez participer à un atelier My Walking Is My Dancing animé par Anne Teresa De Keersmaeker en personne.

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Carte interactive

Sur cette carte, les points jaunes indiquent où se trouveront approximativement les différents groupes tout au long de la slow walk. Cliquez sur la flèche à droite de l’horloge pour sélectionner une heure précise. Zoomez pour afficher le nom des rues.

Plus d'info

À l'occasion de la Journée de la danse, Anne Teresa De Keersmaeker et Rosas lancent un appel ouvert à toutes les personnes souhaitant participer à une performance dont la scène sera le centre-ville de Bruxelles.

Pendant cinq heures, à partir de 11h, plusieurs groupes effectueront, au départ de cinq points distincts de la périphérie de Bruxelles (Porte de Hal, Porte de Namur, Botanique, Yser et Porte de Ninove), une marche lente vers le centre de la ville, convergeant simultanément vers la Grand-Place.

Par « marche lente », nous entendons une marche vraiment très lente : chaque groupe avancera à une vitesse moyenne inférieure à 5 mètres par minute - il leur faudra chacun environ 5 heures pour parcourir son itinéraire.

À 16h, les cinq groupes arriveront simultanément sur la Grand-Place et seront invités à participer à un atelier de 30 minutes suivie d'un moment de danse, le tout animé par Anne Teresa De Keersmaeker avec l'aide des danseurs de Rosas et des étudiants de P.A.R.T.S.

Ouvert à tous ceux qui veulent participer, My Walking Is My Dancing mettra en lumière la vitesse frénétique qui règne dans la ville de Bruxelles en ralentissant délibérément la vitesse à laquelle nous allons d'un lieu à un autre. C'est une méditation et une invitation à ralentir son corps et son esprit et à faire l'expérience de la ville et de ses habitants selon une nouvelle perspective. Tout particulièrement dans le Bruxelles actuel, après les événements dramatiques qui ont touché la ville et ses habitants, Rosas veut tenter de « méditer » la ville pour que nous nous la réapproprions par le biais du mouvement le plus élémentaire auquel on puisse penser : la marche.

Les participants sont invités à rejoindre la performance pour la durée qu'ils souhaitent, à n'importe quel endroit des itinéraires prédéterminés, ou pour la danse finale sur la Grand-Place.

FAQ

Très lente ! Environ 5 mètres par minute. Chaque groupe suivra un chef de file qui déterminera le rythme de la marche.

Chaque itinéraire couvre environ 1,5 km.

Il faudra à chaque groupe cinq heures pour parcourir le 1,5 km.

Vous pouvez rejoindre le groupe de votre choix à l'endroit de votre choix sur l'itinéraire de votre choix.
Ces itinéraires sont précisés ci-dessous ou sur cette carte interactive.

Chaque groupe partira simultanément à 11h des points suivants :

  • Porte de Hal : angle de la Rue Haute et du Boulevard du Midi ;
  • Porte de Namur : devant l’entrée de la station de métro Porte de Namur, Square du Bastion ;
  • Botanique : devant l’entrée du Centre culturel Botanique, 236 Rue Royale ;
  • Yser : à l’angle du Square Sainctelette et de la Place de l’Yser ;
  • Porte de Ninove : côté canal du Boulevard Barthélémy, en face de l’arrêt de tram Porte de Ninove.

Oui, les groupes passeront aux endroits suivants aux heures suivantes. Toutes ces heures sont données à titre indicatif. Le site Internet officiel indiquera en temps réel la position de chaque groupe sur son itinéraire.

  • 11h00 devant l’entrée du Centre culturel Botanique, 236 Rue Royale
  • 12h00 angle du Boulevard du Jardin Botanique et du Boulevard Pacheco
  • 13h15 rond-point du Boulevard Pacheco et du Boulevard de Berlaimont
  • 14h30 angle du Boulevard de l’Impératrice et de la Rue d’Arenberg
  • 14h55 entrée des Galeries Royales Saint-Hubert (Rue d’Arenberg)
  • 15h50 sortie des Galeries Royales Saint-Hubert (Rue de la Montagne)
  • 16h00 Grand-Place
  • 11h00 angle du Boulevard du Midi et de la Rue Haute
  • 11h50 angle de la Rue Haute et de la Rue de la Rasière
  • 13h00 angle de la Rue Haute et de la Rue du Miroir
  • 13h50 angle de la Rue Haute et de la Rue Joseph Stevens (église Notre-Dame-de-la-Chapelle)
  • 15h00 angle de la Rue de l’Hôpital et de la Place de la Justice (en bas des escaliers)
  • 15h45 angle de la Rue de la Violette et de la Rue des Chapeliers
  • 16h00 Grand-Place
  • 11h00 devant l’entrée de la station de métro Porte de Namur, Square du Bastion
  • 12h00 angle de l’Avenue Marnix et de la Rue du Trône
  • 12h40 angle de la Rue Ducale et de la Place des Palais
  • 13h30 entrée de BOZAR, angle de la Place des Palais et de la Rue Royale
  • 14h00 sortie de BOZAR, Rue Baron Horta
  • 14h50 Mont des Arts (Rue de la Chapelle / Place de l’Albertine)
  • 15h45 entrée des Galeries Royales Saint-Hubert (Rue de la Montagne)
  • 16h00 Grand-Place
  • 11h00 côté canal du Boulevard Barthélémy face à l’arrêt de tram Porte de Ninove
  • 12h05 angle de la R20 et de la Rue Antoine Dansaert
  • 13h20 angle de la Rue Antoine Dansaert et de la Place du Nouveau Marché aux Grains
  • 14h00 angle de la Rue Antoine Dansaert et de la Rue du Vieux Marché aux Grains
  • 15h00 angle de la Rue Auguste Orts et de la Place de la Bourse
  • 15h30 angle de la Rue Henri Maus et de la Rue du Midi
  • 16h00 Grand Place
  • 11h00 angle du Square Sainctelette et de la Place de l’Yser
  • 11h30 angle du Quai du Commerce et du Quai du Chantier
  • 12h40 angle du Quai à la Houille et de la Rue Locquenghien
  • 13h55 place Sainte-Catherine
  • 15h05 angle du Boulevard Anspach et de la Rue Paul Devaux
  • 16h00 Grand-Place

Non, vous êtes invités à nous rejoindre autant de temps que vous le souhaitez. Vous pouvez faire une pause où vous le souhaitez et reprendre quand vous êtes prêts.

Pas du tout ! Cette performance est ouverte quiconque souhaite participer, indépendamment de son âge ou de ses aptitudes. Aucune expérience de danse préalable n'est requise.
Les enfants de moins de 12 ans devront être accompagnés par un adulte.

Nous conseillons des vêtements appropriés à la météo et des chaussures confortables. La manifestation aura lieu qu'il pleuve ou qu'il fasse beau, alors habillez-vous en conséquence.
Nous conseillons également d'apporter de l'eau.

À notre arrivée sur la Grand-Place, Anne Teresa De Keersmaeker animera pour tous ceux qui le souhaitent une séance pratique de 30 min autour de My Walking Is My Dancing, suivie d'un moment de danse ! My Walking Is My Dancing est un principe chorégraphique simple que De Keersmaeker a élaboré pour explorer l'espace, le temps et le mouvement, allant de la marche au saut, à la course, la pirouette, etc.

Non, il suffit de se présenter à 11h00 ou de nous rejoindre à l’un des points en cours d’itinéraire.

Au sujet du slow walking

La « slow walking » [marche lente] prend naissance dans le bouddhisme. La marche en guise de méditation connaît une longue tradition dans cette religion. Dans le bouddhisme Chan chinois, on parle par exemple de « kinhin », par opposition au « zazen », la méditation assise traditionnellement associée au bouddhisme. Mais la méditation marchée (vidéo) / (vidéo 2) occupe également une place importante dans d'autres branches du bouddhisme, comme le bouddhisme theravāda.

La méditation marchée est une méditation-en-mouvement mais aussi une méditation-« du »-mouvement. Elle se concentre surtout sur le corps en déplacement dans l'espace, et la prise de conscience de ce corps. Le marcheur fixe son attention sur chacun de ses mouvements, et règle en général sa respiration sur ses pas. À la différence de la méditation assise, où l'on garde généralement les yeux fermés, cette pratique est bien davantage tournée vers l'extérieur : l'expérience physique de la marche renforce la connexion entre l'individu et son environnement.

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La marche ou la promenade sont généralement automatiques, on n'y pense guère. C'est en même temps le mouvement le plus élémentaire et le plus simple de l'homme. C'est à cela que la marche doit sa force quand elle est soudain vécue et présentée intentionnellement et extraite de son contexte quotidien. Rien d'étonnant non plus à ce que la marche et la promenade reviennent souvent dans diverses formes de l'art de la performance. Les exemples d'artistes qui tentent de dominer le temps par cette simple action ou veulent même placer ce processus (plutôt que son résultat final) sous le feu des projecteurs abondent. D'autres s'approprient un espace, ou lui donnent une nouvelle signification en y imprimant en quelque sorte leur corps au cours de leur itinéraire. Pensons à Francis Alÿs, qui a promené un chien-jouet magnétique dans toute la ville de Mexico jusqu'à ce qu'il soit complètement recouvert des déchets métalliques qui jonchent les rues (vidéo). Simon Faithfull a suivi le méridien de Greenwich de Peace Haven dans le Hampshire à Cleethorpes dans le Lincolnshire, sans jamais se laisser arrêter par les obstacles rencontrés sur son chemin (rivières, haies, buissons, etc.) (vidéo) / (vidéo 2). Janet Cardiff doit sa notoriété à ses « audio walks » [balades audio] qui accompagnent le public muni d'écouteurs tout au long d'un itinéraire, entre autres dans et autour de Central Park à New York et dans le musée Hirshhorn de Washington (vidéo) / (vidéo 2). L'un des exemples les plus connus est probablement la performance The Great Wall Walk (1988) réalisée par Marina Abramović et Ulay. Venant chacun d'une extrémité de la muraille de Chine, ils ont marché sur l'édifice jusqu'à se retrouver nonante jours plus tard au milieu où ils se sont dit adieu pour de bon.

Bref, les exemples ne manquent pas. On a même publié des livres consacrés exclusivement à la marche telle qu'elle se manifeste dans l'art. La danse y joue un rôle à ne pas sous-estimer. Balayant les frontières, des chorégraphes post-modernes comme Trisha Brown, Steve Paxton et Yvonne Rainer ont engendré un art du mouvement à la limite entre danse et performance pure. De même que l'art de la performance s'autorise à franchir les murs d'un musée, les premières œuvres de Brown ont quitté le théâtre. Des pièces comme Walking on the Wall (vidéo) et Roof Piece (1971) (vidéo) se caractérisent par l'interaction entre le corps et un environnement spécifique, qui se répondent de façon peu ordinaire. Les danseurs (tenus par des harnais) courent sur des murs parallèlement au sol ou se transmettent une série de mouvements, chacun debout sur un toit différent.

Quelques années plus tôt déjà, Steve Paxton avait, avec des créations comme Proxy (1961) et Satisfyin' Lover (1967) (vidéo), intégré le vocabulaire cinétique quotidien dans un spectacle de danse. Ces chorégraphies se composent essentiellement d'une alternance soigneusement orchestrée entre marche, immobilité et position assise, tout en employant des tempi sans cesse différents. Outre Brown et Paxton, d'autres participants ont également travaillé au Judson Dance Theater de New York, par exemple Yvonne Rainer, avec des mouvements élémentaires. Ils voulaient ainsi défaire la danse de toute charge expressive ou dramatique, si bien que le corps fonctionnait comme un objet neutre leur permettant d'expérimenter rapidité, stabilité, pesanteur, rythme et (dés)équilibre. Les chorégraphes Anna Halprin et Simone Forti ont travaillé selon cette même idée dans l'atelier d'Halprin à San Francisco. Durant cette période, leur approche pure non narrative de la danse a poussé Bruce Nauman à réaliser des performances comme Walking in a Exaggerated Manner Around the Perimeter of a Square (1967-1968) (vidéo) et Slow Angle Walk (Beckett Walk) (1968), filmé par une caméra fixe inclinée. Comme le suggère le titre du dernier exemple, Nauman s'est également inspiré de l'œuvre de Samuel Beckett, dont les personnages sont souvent plongés dans des situations sans issue et absorbés dans d'inutiles actions répétitives.

Le hasard veut que Samuel Beckett ait eu lui aussi, dans les années 1960 également, l'idée d'un « mime géométrique ». Cette idée devait finalement déboucher sur la pièce télévisée Quad (1981), « a ballet for four people ». Cette pièce se compose de quatre personnes, habillées en blanc, rouge, bleu ou jaune, qui marchent selon des motifs fixes et leurs variations sur une scène carrée (tout comme, notons-le, dans les performances de Nauman). (vidéo) / (vidéo 2) D'un point de vue technique, il ne s'agit pas là d'un spectacle de danse ; pourtant, on observe une parenté claire avec l'art cinétique novateur de la danse postmoderne. Récemment encore, en 2005, le chorégraphe Jonathan Burrows a à son tour employé la marche dans The Quiet Dance (vidéo), une création en collaboration avec le compositeur italien Matteo Fargion.

La marche a clairement joué un rôle important dans l'art, et non des moindres dans la danse (post)moderne. « Walking » est en effet un fait, mais « slow walking » est une façon très spécifique de thématiser certaines choses pour les porter à l'attention. On pourrait dire qu'il s'agit globalement de ces mêmes aspects à l'œuvre dans la méditation marchée. La conscience se concentre sur une expérience physique, le marcheur entrant (à nouveau) bien plus intensément qu'à l'ordinaire en contact avec son corps et avec l'environnement où se trouve ce corps. Il est alors confronté à un défi très simple en théorie, mais rarement constitutif de l'univers mental ordinaire. Dans les courts-métrages Beautiful 2012 (2012) et Journey to the West (2014), le réalisateur malais Tsai Ming-liang a introduit un moine bouddhiste qui évolue avec une lenteur extrême dans des centres-villes ultra-bondés (entre autres Marseille) (vidéo). Le contraste n'aurait pu être plus grand, et c'est pour cela qu'il est si fort. Le cinéaste, qui travaille régulièrement avec de longues plans continus, considère la lenteur comme un acte de rébellion, une façon d'entrer en résistance. La matérialisation de l'écoulement du temps, mais aussi son ralentissement délibéré, suscite chez le téléspectateur un malaise, une tension, et même, sur la durée, une frustration.

Notons que, exécutée dans un contexte artistique, le slow walking vise souvent explicitement à modifier l'expérience du public. Le slow walking ne se limite pas à la simple affirmation, il ne s'agit pas de « walking for walking's sake » [marcher pour marcher]. Le spectateur est plus qu'un simple observateur passif, sa perception modifiée fait partie de l'œuvre d'art. C'est tout à fait le cas quand on demande au public de participer à l'événement, et de se mettre lui-même à marcher lentement. En 2015, Marina Abramović a lancé « Project N° 30 » dans le cadre des Kaldor Public Art Projects au Pier 2/3 à Sydney.  Douze jours durant, le public pouvait effectuer une série d'exercices, tous conçus autour du concept de « durée », et permettant, à l'aide d'un ordre ou d'une action simples, de balayer les barrières physiques et mentales et de grossir les détails - avec, entre autres tâches, du riz, regarder quelqu'un droit dans les yeux, ou encore la « slow walk » (vidéo).

Revenons à la danse, où la slow walk a également fait son apparition. Dès 1970, Yvonne Rainer intègre une marche lente (« M-walk ») dans War, une performance contre la guerre du Vietnam. La performance 100 pas presque donnée lors de l'édition 2014 du Festival Kanal à Bruxelles offre un exemple plus proche de nous dans le lieu et dans le temps. Le chorégraphe Taoufiq Izzediou a alors parcouru avec sa compagnie de danse 100 mètres en une heure. De ses propres dires, il voulait ainsi questionner la relation entre l'individu et son environnement, mais aussi, et surtout, la place de la danse moderne dans le monde d'aujourd'hui et dans l'espace public.

Ce n'est pas non plus la première fois qu'Anne Teresa De Keersmaeker associe marche et danse. En effet, l'un des principes fondamentaux des chorégraphies qu'elle a réalisées ces dernières années est « My Walking is My Dancing » [Comme je marche, je danse], repris pour titre de ce projet. Il sous-tend les productions En Atendant (vidéo), Cesena (vidéo), Partita 2 (vidéo) et Vortex Temporum (vidéo). De Keersmaeker choisit ainsi « le mouvement le plus simple ; le mouvement de la marche, de la course et ses variations. Le rythme du corps qui s'approprie l'espace ». C'est une forme d'improvisation où la marche subit toutes sortes d'« ajustements » (par exemple en marchant à reculons, ou deux fois plus vite, etc.), ce qui donne lieu à toute une gamme de façons de se déplacer. Une de ses dernières créations, Golden Hours (As you like it) (vidéo), commence par exemple par une marche lente, exécutée par l'ensemble des danseurs sur la chanson éponyme de Brian Eno, et répétée d'innombrables fois.

Et à présent le samedi 23 avril, avec la Journée de la Danse, placée pour Rosas sous le signe du projet « My Walking is My Dancing ». Avec la marche lente et la séance pratique, De Keersmaeker veut mettre en évidence que la marche est aussi de la danse à l'état pur, et que tout le monde peut danser, à tout moment et en tout lieu. C'est une occasion de prouver que la danse peut réunir les hommes de façon unique, spontanée et accessible dans l'espace public, tout en offrant une nouvelle expérience de cet espace.

SOURCE
  • Exhausting Dance: Performance and the Politics of Movement. André Lepecki, 2006
  • The Art of Walking: a Field Guide. David Evans, 2013
  • Walking and Mapping: Artists as Cartographers. Karen O'Rourke, 2013
  • Meditation for Peace: a Comprehensive Guide for Discovering the Joys to Achieve Peace and Calmness. Calista Dion, 2015